J'ai commencé à investir immobilier Koh Samui fin 2021, juste après le Covid, en arrivant d'une expatriation à Dubaï avec déjà quelques investissements en France derrière moi, un immeuble et une maison sous crédit. Je pensais connaître l'immobilier. Samui m'a appris que je ne savais pas grand-chose. J'ai vu de l'eau couler du plafond comme dans le Titanic pendant une visite. J'ai vu une maison s'effondrer à moitié après une grosse pluie, les fondations avaient bougé. J'ai découvert des quartiers entiers construits sur une route qui appartient légalement à un tiers. Ce que j'ai compris après ces années de terrain, c'est que la patience est le vrai avantage compétitif ici. Pas la rapidité. Pas les contacts. La patience et la rigueur.
Pourquoi j'ai choisi Samui plutôt que Phuket ou Bangkok
Avant de poser mes valises, j'ai regardé à peu près tout ce que la Thaïlande proposait. Bangkok, Pattaya, Phuket à Bang Tao, Hua Hin, et Koh Samui. J'avais failli m'installer du côté de Bang Tao, qui est un marché solide. C'est finalement Samui qui a gagné, pour des raisons familiales d'abord. On cherchait un cadre de vie, pas juste un portefeuille.
Mais derrière la décision personnelle, il y avait aussi une conviction de marché. À l'époque post-Covid, Samui offrait des prix qui n'avaient aucune raison d'exister dans un contexte normal. Tout le monde était en panique, personne ne savait comment le tourisme allait repartir. J'ai toujours entendu qu'il faut investir pendant les crises. Là, j'avais une crise sous les yeux avec un marché tangible, des biens concrets et des vendeurs motivés. J'y suis allé.
Ce que j'ai observé depuis, c'est que ces prix ont doublé en 3 à 4 ans sur certains segments. Pas dans tous les quartiers, pas sur tous les types de biens. Mais les opportunités de cette fenêtre post-Covid étaient réelles, et ceux qui ont structuré correctement leurs acquisitions à cette période ont généré des rendements difficiles à reproduire aujourd'hui.
Comment j'ai démarré : l'ancien avant le neuf
Mon premier réflexe a été de passer par des agents immobiliers pour de l'acquisition dans l'ancien. Ce choix n'était pas romantique, il était stratégique. L'ancien génère des loyers immédiatement. Ça permet de financer les étapes suivantes, de comprendre la demande locative réelle, et surtout de se former au marché sans prendre le risque d'un chantier de construction dès le départ.
Ce que j'ai découvert pendant cette phase de prospection, c'est que le marché de l'ancien à Samui est parsemé de biens qui ont des problèmes sérieux. Des failles béantes dans les structures sur des biens vendus à prix fort. Des contrats électriques partagés entre 5 ou 6 villas dans le même quartier, ce qui crée une dépendance au bon vouloir des voisins. Des servitudes non déclarées où le chemin d'accès n'appartient pas au propriétaire du bien. Des quartiers entiers dont la voie principale est en réalité le terrain privé d'un tiers, qui peut légalement y construire un mur demain matin.
J'ai eu des agents qui me disaient "oui, c'est privé maintenant mais ça va devenir public le mois prochain." Ce genre de phrase, en Thaïlande, ça ne vaut rien. La réalité, c'est qu'il faut faire la due diligence. Chaque point, un par un.
Due diligence Thaïlande : ce que j'ai appris à vérifier avant tout achat
La due diligence sur un bien à Koh Samui couvre plusieurs niveaux que beaucoup d'acheteurs négligent, souvent parce que l'agent rassure et que l'envie d'acheter est forte.
Le premier niveau, c'est le titre de propriété. Le Chanote est le titre le plus solide, le seul que j'accepte aujourd'hui. Les titres intermédiaires comme le Nor Sor 3 Gor peuvent être convertibles, mais c'est un processus et une incertitude supplémentaire. Le Thai Department of Lands est l'autorité compétente pour vérifier le statut exact du titre et les éventuelles charges enregistrées.
Le deuxième niveau, c'est les servitudes. Accès au terrain, chemin d'accès officiel ou non, passage d'utilité. J'ai vu des quartiers entiers où la route principale est enregistrée comme appartenant au terrain d'un seul propriétaire. Légalement, ce propriétaire peut clôturer sa parcelle. Les acheteurs des villas autour se retrouvent sans accès. Ce n'est pas une hypothèse, c'est une réalité que j'ai observée directement.
Le troisième niveau, c'est les contrats d'utilités. Électricité, eau. Quand un contrat électrique couvre plusieurs propriétés, vous entrez dans une relation de dépendance avec des voisins que vous ne choisissez pas. Si l'un d'eux cesse de payer ou crée un litige, vous êtes impacté directement.
Le quatrième niveau, c'est l'état structurel du bâti. Lors de mes visites, j'ai vérifié les fondations, les murs porteurs, les toitures. La visite où l'eau coulait du plafond comme dans le Titanic m'a marqué, mais c'était un défaut visible. Le plus dangereux, ce sont les failles dans les fondations qui ne se voient pas à l'oeil nu mais qui cèdent lors des pluies importantes. J'ai vu une maison s'effondrer à moitié après un épisode de pluies intense. Les fondations avaient cédé.
Prendre le temps de faire ces vérifications coûte en honoraires et en délai. C'est exactement pourquoi ça a de la valeur. Tout le monde ne le fait pas.
Structuration légale : nominé versus vrai partenaire thaï
C'est probablement le sujet le plus sensible quand on veut investir immobilier Koh Samui en tant qu'étranger. La loi thaïlandaise interdit aux étrangers de détenir de la terre en pleine propriété. La réponse habituelle du marché, c'est le "nominé" : un Thaïlandais inscrit comme actionnaire ou propriétaire nominalement, sans lien réel de confiance ou d'intérêt commun.
Cette structure est risquée, voire illégale dans certaines configurations. Le Thai Revenue Department et les autorités foncières ont durci leur regard sur ces montages. Si votre nominé décède, change d'avis ou rencontre des problèmes, vous n'avez aucune protection réelle.
Ce que j'ai construit à Samui, c'est différent. J'ai des vrais partenaires thaïlandais, recommandés par des personnes en qui j'ai confiance, avec qui je travaille et j'investis sur des projets concrets. Des gens très bien implantés localement. La distinction est fondamentale : un nominé vous expose, un vrai partenaire vous ancre dans le marché avec une relation d'intérêts alignés.
La structuration passe aussi par le choix entre lease à long terme (bail emphytéotique de 30 ans renouvelable), société thaïlandaise ou d'autres véhicules selon le profil fiscal de l'investisseur. Mon passé entrepreneurial avec des clients ayant des problématiques fiscales complexes m'a appris à ne pas improviser sur ces sujets. Chaque structure a des implications fiscales, successorales et bancaires différentes. Le Thai Revenue Department publie les règles applicables et les seuils d'imposition sur les revenus locatifs.
Développer ses propres villas : le plan A, B, C
Après les premiers investissements dans l'ancien qui généraient des loyers, j'ai décidé de développer mes propres villas. La logique était simple : si je ne trouve pas sur le marché des biens qui combinent vue mer, jardin et configuration familiale, je les construis.
J'ai commencé une maison pour moi, puis des amis qui me connaissent m'ont fait confiance et ont rejoint le projet. On est passé d'un bien à deux, trois, quatre, cinq villas en développement parallèle.
Ce que ce passage au développement m'a appris sur les constructeurs, c'est la règle du plan A, B, C. Toujours prévoir une alternative si votre constructeur principal rencontre une difficulté. En Thaïlande, les imprévus sur les chantiers arrivent. Un constructeur peut manquer de liquidités, changer de priorités, avoir des problèmes humains dans son équipe. Si vous n'avez pas un plan B prêt, vous perdez du temps et de l'argent.
L'autre réalité du développement à Samui, c'est le temps administratif. Les permis de construire, les vérifications de zonage, les raccordements officiels, tout ça prend du temps. Essayer de contourner pour aller plus vite, c'est créer des problèmes futurs qui vous coûteront dix fois plus cher que le temps économisé. J'ai préféré prendre le chemin long. C'est ce qui me permet aujourd'hui de dormir tranquille avec plusieurs chantiers en parallèle.
Erreurs investissement Thaïlande : ce que j'aurais voulu savoir avant
Avec le recul de ces années de terrain, plusieurs erreurs reviennent systématiquement chez les investisseurs que je rencontre à Samui.
La première, c'est de faire confiance aux assurances verbales des agents sur des points légaux. "Ça va se régler", "le titre sera mis à jour", "la route deviendra publique". Ces promesses n'ont aucune valeur juridique et ne protègent personne.
La deuxième, c'est de confondre vitesse et efficacité. Le marché de Samui peut donner l'impression qu'il faut signer vite pour ne pas rater une affaire. La pression du "je connais quelqu'un d'autre intéressé" est une technique de vente, pas une réalité de marché sur la majorité des biens.
La troisième, c'est de sous-estimer les coûts de due diligence et d'honoraires légaux. Ce sont des lignes que les investisseurs cherchent à compresser. C'est exactement là où des économies de quelques milliers de bahts créent des pertes de plusieurs millions.
La quatrième, c'est le nominé présenté comme solution standard. J'en ai parlé plus haut, mais c'est la source de risques patrimoniaux que beaucoup ne voient qu'après que le problème est apparu.
Achat villa Koh Samui : comment aborder le marché aujourd'hui
Le marché a changé depuis 2021. Les prix ont remonté significativement. La fenêtre des prix post-Covid est fermée sur la plupart des segments. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a plus d'opportunités, ça veut dire que les critères de sélection doivent être plus précis.
Ce que je regarde aujourd'hui sur un achat villa Koh Samui : le titre (Chanote obligatoire), l'accès officiel au terrain, la configuration par rapport à la demande locative réelle sur l'île, le constructeur et sa solidité financière, la structuration juridique et fiscale adaptée au profil de l'acheteur.
La demande locative à Samui est portée par des profils touristiques haut de gamme et par des familles d'expatriés qui cherchent des configurations que le marché ne produit pas en quantité suffisante. C'est là que se trouvent encore les écarts entre valeur perçue et valeur réelle.