Peut-on vraiment vivre de son investissement immobilier à Koh Samui, ou s'expatrier sur la seule base des revenus d'une villa ? C'est la question qu'on me pose le plus souvent depuis que je me suis installé dans le nord de l'île, à Mae Nam, face à Koh Phangan. Ma réponse courte : oui, c'est possible. Mais uniquement si vous partez de chiffres nets et non des revenus bruts affichés en ligne. La différence entre les deux peut atteindre 40 %. Voici exactement ce que j'observe sur le terrain, poste par poste.
Ce que rapporte réellement une villa trois chambres à Koh Samui
Dans le secteur de Mae Nam où j'investis, une villa trois chambres, trois salles de bain se vend autour de 10 millions de bahts. En location longue durée, ce type de bien tourne entre 100 000 et 120 000 bahts par mois. C'est le chiffre que vous voyez en ligne, et c'est là que commence le calcul.
Premier point : si vous passez par un agent pour trouver un locataire en longue durée, il prend un mois de commission pour un contrat de 12 mois. Concrètement, sur une villa à 100 000 bahts, vous ne percevez que 11 mois de loyer sur l'année. Ramené mensuellement, ça fait déjà moins de 100 000 bahts nets.
Deuxième point : en courte durée, la décote est encore plus sévère. Booking et Airbnb prélèvent environ 20 % de commission. Les sociétés de gestion locative ajoutent 20 à 25 % supplémentaires pour couvrir les opérations, le nettoyage, le staff et la relation clients. Résultat : vous perdez jusqu'à 40 % du revenu brut annoncé avant même de payer vos charges fixes. Quand une agence vous présente une projection à 200 000 bahts par mois en haute saison, retenez plutôt 120 000 en net, dans le meilleur des cas.
Pourquoi je base mes projections sur la location longue durée
Ce que je fais systématiquement, c'est de construire mes projections sur les revenus de location longue durée, pas sur la courte durée. C'est moins spectaculaire sur le papier, mais c'est stable. Un locataire qui paie chaque mois, pas de mois creux, pas de stress en cas de crise touristique.
Je provisionne ensuite 10 % pour l'entretien et les imprévus. C'est cette approche prudente qui me permet de dormir tranquille et de savoir exactement ce que je peux dépenser chaque mois.
La location courte durée peut générer plus sur le papier en haute saison, mais elle exige une discipline de gestion de trésorerie que beaucoup sous-estiment. Quand vous touchez 200 000 ou 300 000 bahts en janvier, il faut mettre de côté une partie significative pour absorber les mois creux. Ce n'est pas un problème insurmontable, mais c'est une contrainte réelle que je préfère éviter quand le revenu locatif sert directement à financer mon quotidien.
La saisonnalité à Koh Samui : ce que j'observe concrètement
La haute saison s'étend de décembre à avril. Ce sont les mois forts, avec un taux d'occupation élevé et des revenus confortables. Ensuite, les choses se compliquent.
Mai et juin sont souvent très calmes. Les Européens n'ont pas de vacances scolaires à cette période, la chaleur devient extrême, et juin marque le début de la mousson à Phuket. Résultat : peu de touristes, revenus en net recul. Juillet et août reprennent modérément grâce aux vacances d'été européennes, mais la majorité des touristes qui viennent en Thaïlande préfèrent toujours l'hiver. Septembre, octobre et novembre constituent une nouvelle période creuse jusqu'aux fêtes de fin d'année, car très peu de gens voyagent juste avant Noël en économisant leurs congés et leur budget pour les fêtes.
À cette saisonnalité structurelle s'ajoutent des chocs ponctuels que j'ai vus directement impacter le marché : le Covid, un tremblement de terre l'année précédente qui a freiné les arrivées, des tensions militaires à la frontière avec le Cambodge qui ont fait croire à certains que la Thaïlande était en guerre. Cette année, les bombardements américains en Iran ont bloqué des vols du Moyen-Orient et annulé un volume important de réservations côté Phuket, avec un impact plus limité mais réel sur Samui. Aucun de ces événements n'était prévisible six mois à l'avance. C'est exactement pourquoi je ne veux pas dépendre de la courte durée pour financer mon train de vie mensuel.
Les frais d'entretien réels d'une villa tropicale
C'est un poste que beaucoup d'investisseurs ignorent jusqu'au premier incident. Voici ce que je paie effectivement sur mes biens à Koh Samui.
La peinture extérieure doit être refaite tous les six mois environ. Le climat tropical combine pluies acides, humidité intense et chaleur forte, ce qui dégrade les façades rapidement. Comptez environ 500 euros par intervention. Le pisciniste revient à 100 euros par mois. Le jardinier, selon la surface et la fréquence, coûte entre 25 et 50 euros par mois. Le nettoyage complet des climatisations, indispensable tous les six mois pour une villa de trois à quatre pièces, représente 100 à 150 euros par passage.
Au-delà de ces postes récurrents, il y a toujours des imprévus : un locataire qui demande un réfrigérateur plus grand, une pompe de piscine à remplacer, une fuite à traiter. Ma règle : je provisionne systématiquement 10 % du loyer mensuel pour couvrir ces aléas. Sur un revenu de 120 000 bahts, ça représente 12 000 bahts mis de côté chaque mois, ce qui se révèle généralement juste suffisant sur l'année.
Pour en savoir plus sur la fiscalité applicable à ces revenus locatifs, la référence officielle reste le Thai Revenue Department, qui détaille les obligations des propriétaires non-résidents et résidents.
Budget lifestyle : ce que 120 000 bahts mensuels permettent pour un couple
Je vais vous donner la répartition que j'utilise comme grille de référence pour un couple vivant confortablement à Koh Samui.
Loyer : 45 000 bahts. La règle que j'applique, c'est de ne pas dépasser 30 à 35 % du budget dans le logement. Avec 45 000 bahts, vous n'habitez pas dans la même villa que celle que vous louez, mais vous pouvez trouver une belle maison avec jardin, et même une piscine dans des zones moins fréquentées comme le sud de l'île ou Lipa Noi où les prix sont plus bas.
Nourriture : 35 000 à 40 000 bahts. J'alloue 20 000 à 25 000 bahts pour les restaurants et cafés, en alternant cuisine thaïlandaise et européenne. J'ajoute 15 000 bahts pour cuisiner à la maison, ce qui laisse une marge confortable pour manger bien sans compter chaque baht.
Assurance maladie : 10 000 bahts pour le couple. Soit environ 5 000 bahts par personne, ce qui couvre l'hospitalisation et les accidents graves. À 30 ans, ce budget est tenable. À 60 ans, les primes augmentent significativement car les assureurs prennent davantage de risques, et il faut le prévoir dans son plan financier à long terme. Pour comparer les offres, le Royal Thai Embassy publie des ressources utiles sur la couverture santé des étrangers en Thaïlande.
Voyages et weekends : 8 000 bahts. Un aller-retour à Bangkok, un weekend sur une île voisine, quelques imprévus de déplacement. Ce budget est raisonnable pour maintenir de la mobilité sans rogner sur le reste.
Total : environ 108 000 bahts. Ce qui laisse une marge de 12 000 bahts pour les provisions d'entretien ou les dépenses exceptionnelles.
Ce que ce calcul vous dit avant même d'acheter
Ce budget de 120 000 bahts mensuels correspond exactement au loyer net d'une villa trois chambres en location longue durée à Mae Nam, après commission d'agence lissée sur l'année. Les comptes s'équilibrent, mais sans marge de confort excessif.
Si votre villa ne génère que 100 000 bahts nets, il faudra soit ajuster le poste loyer de votre résidence personnelle, soit disposer d'un complément de revenus. Ce n'est pas un défaut du marché, c'est simplement l'arithmétique réelle que j'utilise avant chaque acquisition.
L'erreur classique que je vois régulièrement : des investisseurs qui construisent leur plan de retraite ou d'expatriation sur les revenus bruts affichés en courte durée, puis qui découvrent en mai ou en octobre que les revenus nets ne couvrent pas leurs charges fixes. La solution n'est pas de fuir la courte durée, c'est de ne jamais en faire la base de votre budget de survie.
Pour les aspects réglementaires liés à la propriété immobilière en Thaïlande, le Thai Department of Lands reste la référence officielle pour vérifier les titres fonciers et les droits attachés à chaque type de bien.
Télécharger le Guide Complet
Retrouvez toutes les stratégies développées dans cet article au format PDF, à consulter hors connexion, annoter, et partager.
↓ Recevoir le guide PDF